La vérité, rien que la vérité, toute la vérité.

La vérité, rien que la vérité, toute la vérité.
Seul dans son bureau à la Maison Blanche, Barack Obama est pensif.

Ce matin, comme tous les matins, il s'est levé à exactement sept heures, s'est préparé tranquillement dans sa salle de bain en écoutant les nouvelles à la radio. A sept heures quarante-cinq, le voilà qui embrassait sa femme Michelle, toujours endormie, avant de partir travailler.

A peine la porte de ses appartements passée, que le service de la sécurité encadrait Barack, pour une escorte qui durera continuellement, de la Maison Blanche aux lieux de rendez-vous, des lieux de rendez-vous aux meetings, des meetings aux toilettes, et ainsi de suite jusqu'à ce que sa personne regagne ses appartements.

Le moment béni de la journée du président, c'est lorsqu'en fin d'après-midi on lui alloue une heure de brainstorming dans son bureau pour réfléchir aux problèmes du monde ; une heure de solitude complète dans son bureau ; une heure de totale liberté où il jouit enfin d'une paix... présidentielle.

C'est un quotidien fort chargé que vit Barack Obama, un quotidien extraordinaire pour un homme extraordinaire. "Les gens ont tendance à oublier que je suis humain", dit-il souvent dans un soupir ironique et un peu las.

Car oui, Barack Obama est humain, un homme normalement constitué, fait de chair et de sang. Et comme tous les humains, Barack Obama a un péché mignon, un plaisir secret, inavouable à la face du monde dont les yeux, pleins de petites étoiles émerveillées, sont constamment tournés vers lui dans l'espoir de quelque miracle, semblables aux yeux d'un enfant dans l'attente du tour d'un prestidigitateur.

Certains écoutent Céline Dion en secret, d'autres lisent Gossip Girl à 40 ans. Barack Obama, lui, se connecte à http://ki-va-marreter.skyrock.com .

Alors que l'Amérique entière l'imagine assis à son bureau, les mains jointes et le front abaissé dans quelque grave pensée, les épaules légèrement voutées sous le poids des responsabilités, Barack Obama s'esclaffe, se tape sur la cuisse en lisant le blog d'un Français de 20 ans (Evidemment, que Barack Obama lit le français. Barack Obama parle couramment toutes les langues, y compris les langues mortes, l'elfique, l'indo-européen et l'esperanto.)

"AH AH AH AH ! This French is so funny ! And how stylish, how spiritual ! I truly LOVE these posts ! ^^ " Ce blog, c'est l'exutoire de Barack Obama. Cette prose fouillée, légèrement acide, ce mauvais esprit toujours tempéré par un second degré et un humour certains, c'est la récréation de Barack Obama, ce qui lui permet de tenir sous la pression de son métier, de ses responsabilités, de la difficulté de s'appeler Barack Obama. C'est le secret ressort de sa personnalité, la recette de son succès, qui lui permet d'apparaître toujours si lucide et charismatique en public.

Aujourd'hui, Barack Obama vient de réaliser que ki-va-marreter.sky a déjà quatre ans. Que le temps passe vite ! Déjà quatre ans que le président est un inconditionnel fan de ce blog ! Cependant, une question le taraude, qui le rend si pensif. Pourquoi ce blog n'a-t-il jamais, en quatre longues années de bons et loyaux services, été mis en avant sur la plateforme Skyrock ? Pourquoi ne l'avoir jamais nommé blogstar ?

L'envie de savoir est trop forte. Barack Obama attrape son Blackberry et compose le numéro du président de Skyrock (Bien sûr, qu'il le connaît. Barack Obama connaît le numéro de ligne personnelle de tous les présidents de tous les pays, que ce soit des présidents d'Etats, présidents d'entreprises ou mêmes d'associations de philatélie comparée. La philatélie comparée n'existe pas.)

Barack Obama : Hello, M. le Président de Skyrock ?

Le Président de Skyrock : Bonjour Barack ! Comment allez-vous ?

Barack Obama : Très bien, très bien. Je vous appelle pour une affaire urgente, une question à laquelle j'aimerais que vous répondiez.

Le Président de Skyrock : En quoi puis-je vous aider..?

Barack Obama : C'est à propos de ce blog que j'aime tant, qui est hébergé sur votre plateforme...

Le Président de Skyrock : Ah oui, ki-va-marreter ! Justement, j'étais en ligne avec Angela Merkel, elle m'en parlait également ! ^^ Rolala, ses derniers articles sont géniaux ! Vous avez lu "On ne peut faire confiance à personne" ?

Barack Obama : Ah oui, celui où il joue les agents secrets dans le parc, là ?! Bwahahaha excellent !! ^^ J'ai bien aimé quand il rencontre le little garçon avec le chien, et il..! Hum, enfin, restons sérieux. Je vous appelais pour vous demander ce que vous attendiez pour faire de ce blog un blogstar !

Le Président de Skyrock : Ah. (Silence tendu)

Barack Obama : Un problème..?

Le Président de Skyrock : Eh bien... C'est une affaire un peu compliquée, et surtout absolument top secrète... Mais j'imagine que je peux vous le dire, à vous...

Barack Obama : Je vous remercie de votre confiance.

Le Président de Skyrock : Eh bien, par où commencer... Vous savez, bien évidemment, que les Etats-Unis ont pu être créés grâce au concours de la France, après la Révolution ?

Barack Obama : Oui, of course.

Le Président de Skyrock : Vous n'êtes pas non plus sans ignorer que Martin Luther King a été assassiné en 1968 dans la ville de Memphis ?

Barack Obama : Yes. God bless his soul.

Le Président de Skyrock : J'imagine que vous connaissez à peu près la théorie d'Einstein sur la relativité..?

Barack Obama : Yeah, j'ai eu quelques échos.

Le Président de Skyrock : L'assassinat de Tupac en 94 ?

Barack Obama : Oui.

Le Président de Skyrock : Le tsunami de 2008 en Inde ?

Barack Obama : Oui !

Le Président de Skyrock : Vous n'êtes pas non plus étranger, je pense, à ce fait divers qui a eu lieu il y a cinq ans, au Mozambique..? Vous savez, "L'affaire de la petite reine" ?

Barack Obama : Euh...... oui..?

Le Président de Skyrock : Parfait, vous connaissez déjà les principaux tenants et aboutissants. Nous perdrons ainsi moins de temps. Encore quelques petites choses : vous avez écouté le dernier album d'Eminem ?

Barack Obama : "Relapse" ? Oh, j'en ai entendu parler... Mais je vous avoue que je n'ai pas vraiment le temps...

Le Président de Skyrock : Pff. Je vois. Barack, croyez-vous à la réincarnation ?

Barack Obama : Hum... Je privilégie l'agnosticisme, alors...

Le Président de Skyrock : Je comprends. Vous êtes bien assis ? Tenez-vous prêt, car je vais vous révéler quelques vérités qui pourraient à jamais changer votre vision du monde... Vous n'en ressortirez en aucun cas indemne, Barack.

Barack Obama : Comment ça..?

Le Président de Skyrock : Eh bien... Pffff... Regardez l'acteur Mickey Rourke, vous avez vu sa gueule ?? Eh bien c'est parce que lui, il sait. Je vais tout vous expliquer, vous saurez alors pourquoi en aucun cas je n'aurais pu nommer ki-va-marreter blogstar.

Barack Obama : Je vous écoute.


Alors, longuement, très longuement, la voix posée du président de Skyrock exposa à Barack Obama le lien entre ki-va-marreter et tous ces faits, l'essence même de la vérité, la raison première à tout cela, la racine du problème.

Lorsque Barack Obama sortit ce jour-là de son bureau, la sécurité l'encadrant à nouveau, son secrétaire personnel lui indiquant d'un ton monotone les prochains rendez-vous, les personnes à convaincre, l'attitude à adopter ; lorsqu'il sortit ce jour là, c'était devenu un homme différent, changé à jamais.

Il n'en laissa rien paraître. Il murmura simplement, d'une voix blanche, presque pour lui-même : "Happy Birthday, ki-va-marreter" .


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# Posté le vendredi 29 mai 2009 05:22

Modifié le samedi 30 mai 2009 08:44

Ce que j'essaie d'écrire, c'est que toujours une larme coule sous le sourire...

Ce que j'essaie d'écrire, c'est que toujours une larme coule sous le sourire...
Ce que j'essaie d'écrire...

Ce que j'essaie d'écrire, ce sont ces sentiments aériens, volatiles, impalpables. Pas de ceux qui serrent la gorge ou brûlent le ventre, donnent des palpitations ou pèsent comme une boule sur l'estomac.

Non, ce que j'essaie d'écrire -ou décrire - , ce sont ces sentiments invisibles, profonds, et comme privés de sensations. Ces sentiments qui ne font jamais qu'effleurer l'âme, dans les moments où l'esprit se laisse aller à vagabonder et où, distrait du monde extérieur, l'on est enfin à l'écoute de ce qui se passe en nous, vraiment en-dedans.

J'essaie, en fait, d'écrire ces sentiments qui affleurent lorsqu'on est sans défense. Ces sentiments-là, on ne les perçoit que dans une demi conscience : ils échappent à l'intellect ; dès que celui-ci veut s'en saisir, les rationnaliser, les expliciter, ils lui glissent comme du sable entre les doigts, ils s'évaporent comme de la buée sur une vitre.

Je ne pourrai donc jamais que parler d'eux, non pas les écrire, les laisser parler en leur nom, finalement. Les exprimer. Les nommer ? Seulement de manière approximative : puisqu'ils échappent à la conscience, c'est un vain effort que d'essayer de les nommer précisément.

Ce que je voudrais écrire, par exemple, c'est cette indicible "tristesse" qui fit surface l'autre soir, sans raison, alors que je rêvais devant mon écran d'ordinateur. (Je la qualifie d'"indicible" et pourtant j'essaie de la raconter. Je l'appelle "tristesse" alors qu'il n'y a pas, ne peut pas y avoir de mot juste. On voit bien là le paradoxe et l'évidente stérilité de ma démarche)

Une sorte de "mélancolie", ou peut-être une "angoisse", qu'importe ; dirigée contre rien -et donc contre tout. Comme un ferment gardé au fond de moi depuis toujours, dont les vapeurs me fussent tout d'un coup montées à la figure, à la bouche, aux yeux ou je ne sais où, pour sortir au grand jour dans un sanglot libérateur et des larmes purgatrices....... qui ne vinrent pas : à peine j'eus conscience de ce sentiment, encore loin d'en connaître la cause, qu'il disparut (encore une fois).

Néanmoins, ce que j'ai ressenti, c'est ce que j'essaie d'écrire.


En vain. Forcément.

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# Posté le mardi 19 mai 2009 04:38

Hasta la victoria... Quizas.

Hasta la victoria... Quizas.
Ce qui devait arriver est arrivé.

Le Mouvement, la bête fantastique endormie depuis des temps immémoriaux, s'est de nouveau éveillé, mis en branle par les Révolutionnaires, dont les rangs ont grossi depuis la dernière fois.

Le Problème, les Risques, les Enjeux, l'Ennemi à abattre sont les mêmes qu'auparavant, et plus que jamais ils se pressent aux portes de nos vies tels des envahisseurs barbares.

La bête fantastique s'est d'abord levée, timide encore, les membres toujours engourdis de son long sommeil, cherchant ses repères et ses appuis.

Puis, consolidée par les Espoirs et les Attentes de toute une Communauté, elle s'est fièrement dressée, bandant toutes ses énergies, et de toute la vigueur retrouvée de ses muscles, a fait trembler la Terre de sa colère.

Néanmois, l'Etat, l'inatteignable colosse, n'a pas flanché.

Fermement campé sur ses positions, l'Etat n'a pas tremblé devant la puissance du Mouvement. Il n'a pas vu le nombre des Révolutionnaires. Il n'a pas senti leur grondement. Il n'a pas entendu leurs cris, et n'a pas goûté à l'amertume de leur combat.

Ainsi, c'est en vain que quatre mois durant, la bête fantastique a rugi, en vain qu'elle a sifflé, grondé, frappant le sol de ses sabots massifs, soufflant des narines, menaçant l'Etat de ses crocs acérés. En vain.

l'Etat, lui, a préféré laisser le Mouvement courir, comptant sur sa déchéance pour le faire taire une fois de plus : un matador qui fatigue sa proie avant de l'achever.

Et il se pourrait qu'il ait raison. Depuis quatre mois, les Assemblées se succèdent, les grèves sont votées, la Révolte suit son cours, mais les Révolutionnaires, ces personnages de légende chantres de la Liberté et la Justice, sont de moins en moins crédibles. Auparavant leaders charismatiques, ce sont à présent des personnages de paille, des automates sans âme, de ridicules rois fantoches qui débitent une lullabie à la fois monocorde et cacophonique, une mélodie toujours identique, vide de sens. Les Assemblées, de valses d'interventions pertinentes et critiques, sont devenues d'insipides rassemblements où sont votées des motions toujours plus absurdes, en total décalage avec la Réalité.

A force de chercher son adversaire sans le trouver, la bête fantastique qu'est le Mouvementa fini par tourner en rond et se mordre la queue. Elle stagne. Elle déchoit. Elle pourrit.

A ce rythme, le Mouvement va finir par imploser. La bête fantastique, telle une figure mythologique dégénérée, va finir par manger ses propres enfants, les Révolutionnaires et tous ceux qu'ils ont entraînés dans leur sillage, et les emporter avec elle dans un ultime sacrifice.

Et les Révolutionnaires, dans leur ultime Folie, semblent d'accord. Je ne suis pas d'accord.

Et le Mouvement continue.



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# Posté le mercredi 13 mai 2009 07:38

Modifié le mercredi 13 mai 2009 15:02

On ne peut faire confiance à personne

On ne peut faire confiance à personne
Assis sur un banc, Fanfan goûtait la fraîcheur discrète de l'air et la caresse des rayons du Soleil sur sa peau. En ce jour de la semaine, le parc des Buttes-Chaumont n'était guère fréquenté. Le frémissement lointain de quelque cascade, le bruissement du vent dans les arbres, le chant désinvolte des oiseaux : tout cela n'était perturbé que par la foulée régulière de quelques rares joggueurs, les conversations de promeneurs ça et là, et les rires d'un groupe de lycéens qui pique-niquaient sur une pelouse non loin de là. Les bruits de la ville se réduisaient à une lointaine rumeur ; dans ce coin de nature idyllique tout était harmonie.

Fanfan se disait que rien ne pouvait gâcher un moment si délicieux. A part peut-être l'arrivée d'une famille qui aurait eu la mauvaise idée d'avancer la traditionnelle promenade du dimanche à mardi. Heureusement, ce n'était pas le cas, aussi Fanfan avait-il envie, dans sa béatitude, de se lever, bras écartés comme pour embrasser le monde entier, et de remercier la Nature d'un grand...

L'ENFOIRE ! Le coup de feu avait déchiré le silence du parc, explosant une partie du banc auquel Fanfan était adossé. Un joggueur à proximité rechargeait son arme et se mettait en joue pour tirer à nouveau. Fanfan n'aurait jamais cru possible de dissimuler un fusil à canon scié dans un short de sport.

"Ils ne me lâcheront donc jamais ?!" s'écria Fanfan, alors qu'un second tir frôlait son oreille gauche dans sa fuite. ^

Entraîné à la course, Fanfan ne mit pas longtemps à semer son poursuivant, mettant entre eux une colline très pentue qu'il franchit lestement. Il emprunta une allée longeant le parc et bouscula dans sa course une vieille femme quelques mètres plus loin. Dans son alarme, Fanfan s'arrêta malgré tout pour l'aider à se relever.

"Vous allez bien ?" Réaction stupide. Une expression menaçante sur le visage, la vieillarde sortit un pistolet de sous son châle, et fit feu en guise d'explicite réponse. "Vieille folle !" cria Fanfan avant de l'étaler à nouveau d'un coup de coude en pleine mâchoire, qu'elle reçut avec un grognement patibulaire. Un énième coup de feu derrière lui rappela le premier assassin à son bon souvenir. Mieux valait ne pas faire de vieux os ici. Il fit mine de se remettre en course, mais une douleur cinglante au côté droit l'immobilisa un court instant. La vieille avait donc fait mouche !

Fanfan bifurqua sur une large allée bordée de chênes, très fréquentée des sportifs du dimanche ; se mêlant à la foule des coureurs, il constata avec satisfaction, en jetant un rapide regard par-dessus son épaule, que l'assassin avait perdu sa trace, le croyant parti dans une autre direction. Il prit donc le temps de s'asseoir dans l'herbe, en face du grand lac, pour reprendre son souffle et bander sa blessure (ce qu'il fit avec une manche arrachée de sa chemise) et de quitter les lieux.

Ainsi l'Organisation était parvenue à savoir qu'il était vivant et qu'il avait quitté l'Angleterre. Comment était-ce possible ? N'avait-il pas réussi à éliminer toutes les preuves de son existence, après cette harrassante poursuite sur les rives de la Tamise, et l'explosion du Yacht sur lequel Lady Grace et lui avaient trouvé refuge ? L'Organisation avait-elle des informateurs si nombreux et si bien placés dans toute l'Europe qu'elle pût, en l'espace d'une semaine, communiquer le signalement de Fanfan et dépêcher des assassins jusqu'au Buttes-Chaumont ? Mais surtout, plus important, pourquoi personne ne semblait étonné de voir un joggueur lourdement armé poursuivre un jeune homme ? Peu importait comment il avait été retrouvé, l'urgence à présent était de parvenir à rejoindre Lady Grace au plus vite, où qu'elle fût.

Fanfan méditait un plan, pensif, en observant les rares promeneurs aux alentours : un gamin de douze ans et son chien ; un couple qui flirtait discrètement sur une barque au milieu du lac, dissimulé sous un grand manteau ; un quadragénaire en costume cravate, plongé dans le journal du jour, assis sur le banc derrière Fanfan. Et partout, un calme religieux, une souveraine sérénité qui commençait à peser sur l'esprit de Fanfan, remède inefficace à ses angoisses.

"Quelle tranquillité", pensa-t-il. "J'aurais pu mourir sur ce banc tout à l'heure. Ils auraient alors dissimulé, emmené puis détruit mon corps. Qui ici s'en serait aperçu ?"

Un contact chaud et humide sur sa joue le fit brusquement se retourner : c'était le chien, un doux molosse au poil brun, qui s'était approché pour lui lécher la joue. "Chamallow ! Reviens !", appela son jeune maître, accourant à sa suite.

"Ne t'en fais pas , il ne me dérange pas. Là, tout doux... C'est une belle bête que tu as là"

"Vous aimez les bêtes, M'sieur ?"

Fanfan réfléchit une seconde avant de répondre : "Pas spécialement. Mais disons que les animaux se montrent souvent plus fiables et dignes de confiance que les hommes. Alors, je les aime par élimination !"

L'enfant eut un bon rire, et sortit une balle de son sac à dos : "Vous voulez jouer avec nous ?"

"Je regrette", répondit Fanfan en se relevant, "j'ai déjà assez couru pour aujourd'hui, et je dois partir à présent. Bonne journée, petit. Salut, Chamallow."

"Attaque."

"Pardon ?"

En une fraction de seconde le molosse avait bondi tous crocs dehors et plaqué Fanfan au sol. Une réaction certes excessive pour un simple refus de jouer à la baballe. Une lutte au sol s'engagea. Fanfan , déjà blessé et pris au dépourvu, avait en plus du mal à rivaliser avec l'animal, qui pesait de tout son poids sur son plexus. La bête entreprenait de le mordre au cou, mais s'arrêta net dans un jappement étranglé. "Dieu merci, Iznogoud est toujours avec moi !"

Iznogoud était le nom du couteau de combat que Fanfan conservait toujours quelque part sur lui, en cas d'ennui. Il l'avait nommé ainsi, disait-il toujours, parce que celui-ci voulait être "canif à la place du canif", selon un jeu de mots de sa création. Fierté de Fanfan, honte de quiconque le côtoyait. Quoi qu'il en soit, le chien s'écroula secoué de spasmes, une plaie béante au ventre.

"Ce n'était donc pas le môme mais l'animal qui était à craindre !" : c'est ce que le jeune homme était sur le point de se dire, lorsqu'il vit le dresseur sortir de son sac un nouveau joujou bien plus dangereux que le premier - un petit Magnum calibre 45. Telle bête, tel maître.

Fanfan eut tout juste le temps de se précipiter dans l'eau glacée et trouble du lac ; il vit deux balles trouer la surface et siffler à côté de lui. Il nageait avec difficulté : l'apnée avec une balle dans le flanc n'était pas une discipline reconnue par les Jeux Olympiques, et pour cause. "Damn ! Et avec la traînée de sang que je laisse flotter dans mon sillage, je ne suis pas difficile à suivre !" Il nageait un crawl désespéré à présent, tentant d'esquiver les balles de son jeune tortionnaire.

A quelques cent-vingts mètres de lui, le couple sur sa barque était toujours impassible, enfoui sous le grand manteau. Mais pourquoi personne ne réagissait ?! Un môme de dix ans tirant à vue sur un nageur, était-ce normal ?! Voler la barque. Jeter à l'eau ce couple niais, se saisir des rames et utiliser la barque. Il pourrait ainsi atteindre l'autre rive du lac - suffisamment éloignée du bord pour ne plus être à portée de tir - et gagner au plus vite la sortie de ce maudit parc. Plus que cent mètres. Fanfan ne se préoccupait plus à présent du tueur, mais bandait toute sa volonté vers ce but, fixait toute son attention vers l'embarcation salvatrice. A travers sa conscience qui commençait à se troubler, il li semblait même voir la barque briller. Une seconde... mais oui, sous le manteau, c'était bien un point lumineux qui...

L'ENFOIRE ! Fanfan plongea à nouveau pour éviter d'être abattu par ce qui s'était révélé un fusil de sniper, dont la lunette réfléchissait la lumière crue du matin. Cette subite révélation, malgré la douleur, la peur et l'essoufflement, rendit tous ses esprits à Fanfan. Ce fut avec une lucidité extrême, exacerbant tous ses sens, et un calme absurde, que le fugitif émergea à côté de la barque, derrière le sniper, et qu'il y grimpa avec célérité avant de faire goûter à ce dernier la lame de son cran d'arrêt. La grande faiblesse des snipers réside bel et bien dans le close-combat. La chose avait été rapide et propre, la barque avait à peine tangué.

Dissimulé à son tour sous le manteau, en compagnie du cadavre de sa victime et de sa compagne (qui était en fait un simple mannequin de plastique), Fanfan se saisit du fusil longue portée. Au bord du lac, le jeune sbire le cherchait des yeux, n'ayant pas compris la soudaine disparition de sa cible, se demandant même si elle ne s'était pas noyée. Il avait été rejoint par l'assassin déguisé en joggueur et la vieille tueuse déguisée en vieille dame innocente. Malgré son bandage de fortune, la blessure du jeune homme saignait régulièrement, et la poussée d'adrénaline passée, sa vue se troublait à nouveau. La plaie en elle-même n'était pas si sérieuse, mais devenait sérieusement gênante à la longue. Cepedant il voyait encore assez clair pour ne pas rater sa cible, rompu au tir d'élite, et ce fut ainsi trois cartons éxécutés de main de maître. Trois dangers en moins pour sa vie, dirons-nous.

Il gagna rapidemant la rive en barque, et ne fut pas long à trouver un large portail de sortie. Devant ses yeux s'étendait la ville, ses rassurants buildings et son agitation animée et joyeuse. Il était presque heureux de la retrouver ! Devant la sortie étaient attroupés les lycéens rieurs que Fanfan avait croisés plus tôt. L'apparition dans la tranquille lumière du jour de ces insouciants adolescents qui discutaient de choses et d'autres, ancrés dans la banalité du quotidien, avait quelque chose d'irréel pour Fanfan après ce qu'il venait de vivre. Au moins était-il toujours vivant.

Les prépubères tournaient leurs yeux vers lui à son approche et le regardaient fixement : son apparence meurtrie, sa plaie bandée, sa manche arrachée, son corps trempé jusqu'aux os, sa démarche mal assurée et sa respiration haletante devaient constituer un tableau des plus insolites, dans la tranquillité de ce matin de printemps. Sentant leurs regards sur lui, il se dit : "Ah ! Enfin des gens qui remarquent ce que cette situation a d'absurde et d'improbable ! C'est qu'il est vraiment temps que je m'en aille".

Ce n'est que lorsque Fanfan vit les adolescents lui barrer la route vers le portail et sortir de leurs poches, bananes, casquettes, sacs à dos, divers modèles et calibres d'armes - allant du Taser au AK-47 en passant par le Uzi et la batte de base-ball - , qu'il comprit qu'il aurait décidément du mal à quitter le parc des Buttes-Chaumont sur ses deux pieds. Qu'avait dit Damiens, l'auteur de l'attentat manqué contre Louis XV, lorsqu'on lui avait décrit de quelle manière il serait tenaillé, découpé puis écartelé jusqu'à ce que mort s'en suive ? Ah, oui.

Fanfan soupira : "La journée va être rude..."


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# Posté le mardi 17 mars 2009 20:10

Modifié le mardi 17 mars 2009 20:34

Dialogue de sourds

- Hey FaNFaN ! Par ici !

- Ah, tu es là ! Tu attends depuis longtemps ??

- T'inquiète, je viens d'arriver, j'ai juste pris une table en t'attendant. 'Commandé deux mojitos, ça te va ?

- Perfect ^^ Quelle surprise quand j'ai reçu ce mail de toi sur Facebook ! Ca fait un fichu bail qu'on ne s'est pas vus !

-Eh ouais... Je sais pas moi, facilement deux, trois ans peut-être..?

- Un truc comme ça. T'as grave changé ! Cheveux plus courts, piercings, style totalement dfférent... C'est fou !

- Toi aussi t'as pas mal changé, j'aurais pu te croiser sans même le savoir !

- Ah bon ? Ben dans ce cas, comment m'as-tu reconnu ?

- Bah j'ai vu tes photos sur Facebook ^^

- Ah oui ! Ah ok, je vois... Alors, raconte-moi un peu, quoi de neuf dans ta vie ? Ca se passe, l'école d'ingé ?

- Oui, très bien, très bien, je dois dire que... mais attends, comment tu sais que je suis en école d'ingé ?

- Ben c'est quand t'as mis à jour ton profil, j'ai vu ça.

- Mon profil..? Mais quel prof... AH ! Ah oui, mon profil Facebook, oui en effet j'avais mis ça. Eh bien oui, j'ai commencé l'année de manière un peu chaotique, mais maintenant tout se passe bien, mes notes sont bonnes, je suis bien intégré... Tiens d'ailleurs c'est marrant, tu sais avec qui je suis en TD ? Laure...

- ... Dupont, oui, je sais, j'ai vu sur Facebook. Dis donc elle est devenue plutôt bien roulée... Même si elle s'habille comme une p*te...

- Hé hé, dis-toi que j'aurais jamais su qu'elle était dans mon TD, si je ne l'avais pas "Add Friends" la semaine dernière...

- Petit malin, j'ai fait la même chose, juste pour pouvoir mater ses photos de profil... Et tu as vu ça ?? Le 15 janvier 2009, elle était...

- ...au Bingo Big Boobs Bar, je sais. J'ai vu les photos dans un de ses albums. Enfin, assez parlé d'elle, raconte-moi un peu ce que tu deviens..?

- Eh bien écoute, je suis en troisième année de...

- ...Lettres Modernes, je sais. Facebook. Ca se passe bien ?

- Je euh... oui, je finis ma Licence... Les amis, ça va, je suis toujours en contact avec Chloé Martin, d'ailleurs...

- ...elle me passe le bonjour. Je l'ai trouvée il y a quelques temps, grâce à "People You Might Know", et tout à l'heure, avant de partir, je me suis connecté à Facebook et j'ai lu votre "Wall-to-Wall". Désolé pour la mort de ton chien, au fait. J'ai vu ton pseudo Facebook du 4 décembre 2008.

- Hum...Merci, c'est gentil. -_- Et pourquoi t'as rompu avec Jennifer ?? J'ai vu sur Facebook que ton statut était passé à "Célibataire" !

- Euh écoute j'ai pas trop envie d'en parler... Mais disons qu'on n'était pas compatibles. D'ailleurs si tu mates nos tests de compatibilité sur Facebook, genre celui sur les films ou les livres, on dépasse jamais les 50%...Parle-moi plutôt de ta copine, comment elle va depuis sa chute dans les escaliers ?

- T'es au courant ? Mais pourtant...

- Facebook.


[Silence]


- ...................Ah -_- Ben écoute très bien...

- C'est cool, comme ça elle pourra aller à la soirée de Franck Ronsard demain soir avec toi, ça lui changera les idées ^^

- T'y vas aussi ?? Mais c'est génial, on va se revoir ! D'où tu connais Franck Ronsard d'ailleurs ?

- Je le connais pas, j'ai juste vu que ce mec a commenté ton statut, hier à 20h03, en disant "oué oué lol tro dacor, tfacon on se voit a ma soiré de 2m1 soir ! +++".

- Je vois... -_-'


[Long silence]


- ............Tiens, tu sais, je viens de découvrir un rappeur super, il s'appelle...

- Bling XL ? Ouais, j'ai vu que tu es "Devenu fan de" ce mec. Moi j'aime pas trop. Il commence à être connu, il a déjà 40 000 fans sur Facebook...

- En effet.... O_o ............................ Et euh sinon dernièrement, y'a deux semaines, j'ai vu une expo de...

- Candy Vérol ^^ Y'avait l'événement "Expo Candy Vérol" sur Facebook et tu étais dans la liste des gens qui y seraient ^^ Et c'était pas y'a deux semaines, c'était il y a 20 jours exactement.

- Ah.


[Long silence. Gênant. Embarrassé. Lourd... -_- ]


- Bon, j'ai été ravi de te revoir mec, faudra qu'on se refasse ça à l'okaz... Mais là tu vois, il est déjà 16h, je dois filer, j'ai donné rendez-vous à un pote à 16h05, et j'ai pas vu l'heure passer, il doit m'attendre... [boit son mojito cul-sec et se lève] A la prochaine ^^'

- Okay ^^ Tu me croiseras sûrement demain soir !

- Ah ? Mais je croyais que tu connaissais pas Franck...

- Mais nan, j'voulais dire, sur FACEBOOK ! Si t'y vas demain soir avant ta soirée ^^ Mais au fait ton rendez-vous là, c'est pas avec un certain Eric Durand ?? C'est pas à 18h ?? C'est ce que le gars avait marqué sur ton Wall avant-hier soir à 13h17, alors on...

- A plus ^^ -------------------> s'enfuit en courant


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# Posté le mardi 17 février 2009 10:43

Modifié le jeudi 19 février 2009 18:25